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Femmes et civilisation d'Oc
Les femmes Cap d’oustau dans les Pyrénées
Exposé de Jean-Paul LOUBES
Note brève sur l'Occitan Bibliographie
Référence principale (et incontournable)
ayant servi de base à cet article :
Isaure Gratacos,
Femmes pyrénéennes - un statut social exceptionnel en Europe
Editions Privat - Toulouse, 2008

Elisabeth Badinter écrivait en 1986 : «Il est vrai qu’a scruter la période proprement historique de nos sociétés, nous ne trouvons trace que d’un patriarcat qui a souvent pris la forme d’un pouvoir masculin absolu»…(L’un est l’autre, Odile Jacob, 1986)
Bien !
Mais Jean Boué, à Arbon en Ariège déclarait à l’enquêtrice : «Chez nous, les femmes ne sont jamais restées debout pendant que les hommes mangeaient». (I.Gratacos, p 13).
Vous pourrez rétorquer a cette dernière déclaration que l’exception n’infirme jamais la règle et vous aurez raison.
Nous allons dont rentrer dans l’exception et tenter d’éclairer les questions suivantes :

      • Sur quoi porte-t-elle ?
      • Quel est le territoire de cette exception ?
      • Comment s’explique-t-elle ?

Il faut avant de rentrer précisément dans le sujet, examiner un point d’histoire. Il nous fait remonter très loin dans l’histoire puisqu’il concerne l’administration de la Gaule romaine et sa division en provinces.
Au passage, signalons un point que souligne à plusieurs reprise Isaure Gratacos, la question de la longue durée. C’est une des questions importantes qui fonde l’anthropologie de Lévi-Strauss et qui a fait dire que le structuralisme était «rebelle à l’histoire», au sens où la durée des historiens (celle de la succession des évènements historique), n’est pas la même que celle de l’anthropologue, qui s’intéresse davantage à ce qui perdure, (ici la particularité des Cap d’ostau) qu’a ce qui est mouvant, lié aux divers épisodes, évènements, de l’Histoire.

Vote des femmes

En général les nations sont en retard sur d’autres entités territoriales pour accorder le droit de vote aux femmes. Ainsi, en France, les femmes votent aux élections municipales depuis qu’elles sont apparues, dans certaines régions depuis le XIIe siècle (il s’agit bien entendu du vote de certaines femmes seulement).
Mais cette disposition est abolie en 1791. Nous retrouverons cette particularité à propos des « cap d’oustau ».

Pour les Etats Généraux, en France, les femmes qui étaient propriétaires de fiefs étaient convoquées et votaient. Ainsi :
      - en 1302, Etats Généraux convoqués par Philippe Le Bel
      - En 1484, Etats Généraux convoqués par Anne de Beaujeu,
         fille de Louis XI pendant la minorité de Charles VIII
      - et tous les Etats Généraux jusqu’à la Révolution.
Mais aux Etats Généraux de 1789, ces femmes propriétaires de fiefs perdent ce droit et sont contraintes de se faire représenter par un homme (noble ou clergé).

La Révolution n’est pas révolutionnaire pour tout le monde
Sous la révolution, dans un discours du 20-21 Juillet 1789, l’abbé Sieyès distingue les citoyens «actifs» et les citoyens «passifs». Ces derniers comprennent les enfants, les étrangers et les femmes ainsi que tous ceux qui ne pouvaient s’acquitter du cens électoral (vote censitaire).
Malgré l’appel de Condorcet, l’Assemblée Nationale les exclut du droit de vote le 22 décembre 1789, exclusion confirmé par la constitution de 1791, puis par un vote de la Convention Nationale le 24 Juillet 1793 (quelques mois avant l’exécution d’Olympe de Gouge).
Après cette abolition, en France, on trouve cependant de nombreuses et opiniâtres tentatives pour le rétablir. Ces tentatives n’aboutissent pas :
      - La Commune de Paris en 1871 reconnaît l’égalité politique homme/femmes. (n’en tire pas de conclusion sur le droit de vote)
      -1903 : un vote unanime du Parlement rejette l’égalité politique
      - en 1906, un député (Paul Dussossoy) dépose un premier projet de loi à l’Assemblée Nationale pour rétablir le droit de vote des femmes. Sans lendemain.
      - en 1914, a lieu un « vote blanc », forme de sondage auprès des femmes, 500 000 réponses favorables.

Le Sénat, «ennemi des femmes»
De 1914 à 1940, plusieurs propositions de loi sont acceptées par la Chambre des députés mais le Sénat soit les rejette, soit reporte leur examen : ainsi,
      - en 1919, la Chambre vote ce droit, (344 pour, 97 contre) mais le Sénat n’examine à son tour cette proposition de loi qu’en 1922… trois ans et demie après, et la repousse par 156 voix contre 134 ;
      - en 1925, La Chambre des députés adopte le vote des femmes mais seulement pour les élections municipales et cantonales.
      - en 1928, 1929, 1930, le Sénat refuse par trois fois de mettre la question à l’ordre du jour.
      - 1936 : la Chambre des députés se prononce à l’unanimité pour le suffrage des femmes (475 pour, 0 contre). Victoire ? Non. Le texte n‘est jamais inscrit à l’ordre du jour du Sénat !

Le Sénat est le principal obstacle institutionnel. Il est dominé par le Parti Radical. Certains députés radicaux votent en faveur du vote des femmes lorsqu’ils sont députés, puis votent contre quelques années après lorsqu’ils passent au Sénat. La principale raison est l’anticléricalisme des Radicaux : ils craignent qu’en donnant le droit de vote aux femmes, celles-ci sous l’emprise de l’Eglise et du Vatican voteraient pour des partis de droite. Les femmes sont sous influences, et ne sont pas encore des êtres autonomes.

Il faut souligner ici, le soutien apporté par le Pape durant toute cette période (depuis 1919) au vote des femmes. C’est ce qui motive la position des Radicaux : si le pape est favorable au vote des femmes, c’est la preuve qu’il en escompte une revanche sur la République.
En 1936, Le Front Populaire nomme trois femmes Sous-Secrétaire d’Etat : Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie et Cécile Brunschvicg.
Mais ne brocardons pas trop les vieux messieurs du Sénat : le 5 mars 2011, l’ex Secrétaire d’Etat Rama Yade, fait remarquer qu’a cette date là, le Sénat français compte plus de femmes que … l’Assemblée Nationale ! Curieuse inversion de tendance.

La libération

  • Le droit de vote des femmes est mentionné dans le projet de constitution du 20 Janvier 1944 ;
  • Le droit de vote est accordé aux femmes le 21 Avril 1944 par le Comité Français de la Libération Nationale, confirmé par ordonnance du 5 Oct. sous le Gouvernement provisoire de la République Française ;
  • Il est utilisé le 29 avril 1945 pour les élections municipales et en Octobre pour les élections à l’Assemblée constituante.

Droit d’aînesse masculine dans les Pyrénées.

Elisée Reclus avait relevé la particularité qu’étudie dans le détail Isaure Gratacos. Voici ce qu’il écrivait dans Introduction à l’itinéraire des Pyrénées d’Adolphe Joanne (Paris, Hachette, 1862) : «Les anciens Basques reconnaissaient à la femme les mêmes aptitudes qu’à l’homme pour fonder une famille et la maintenir dans la prospérité» tandis que «presque tous les peuples de l’Antiquité avaient pour la femme un sentiment qui tenait du mépris» (I.G 17).
I.Gratacos rappelle aussi que Strabon, dans sa Géographie (III.4.18) écrivait : «chez les Cantabres (…) ce sont les femmes qui héritent et qui choisissent l’épouse à qui destiner leur frère».
Mais les choses sont plus précises avec Eugène Cordier. Il est juriste de formation, et s’intéresse à l’aspect social et juridique des choses lors de ses séjours dans les Pyrénées gasconnes, en 1844, 1849-1952, 1862) Contemporain d’E.Reclus, c’est un véritable ethnographe au sens moderne. Il apprend le gascon et pratique l’enquête de terrain. Ses ouvrages clefs sont Le droit de famille aux Pyrénées (1859) et De l’organisation de la famille chez les basques (1869). Et ce qu’il montre nous conduit au cœur du propos d’aujourd’hui : l’existence de «l’aînesse absolue ... ce droit d’aînesse appliqué sans distinction de sexe et qui fait que l’aîné hérite des biens, qu’il soit homme ou femme».(I.G, 19)

En Bigorre, à la même époque, Le Play utilise le concept de «famille souche ... dans lequel un seul des enfants se marie à la maison et hérite des biens, ceci afin d’assurer la non division et donc la pérennité du patrimoine». Il oppose la famille souche à la famille patriarcale. Pour avoir dit cela (ce qu’il avait observé !), Le Play rencontre une opposition virulente. Il est accusé de conservatisme réactionnaire, En effet, cet héritage préciputaire qui regroupe les biens hérités sur le seul aîné est en contradiction absolue avec la Code civil qui établit l’égalité entre tous les héritiers. Cette pratique prend à contre-pied les positions philosophiques exprimées par les grands principes de la Révolution et inscrites dans le Code civil depuis 1804. Et voilà où nous croisons au passage l’ombre d’Olympe de Gouge qui oeuvra pour ces principes d’égalité. Je précise que Le Play ne parle pas encore ici des femmes.

Mais continuons d’approfondir.
«Sous l’Ancien Régime, et jusqu’au Code civil de 1804 (Code Napoléon), dans les pays de tradition orale que sont les Pyrénées occidentales et centrales, à savoir basques et gasconnes, l’égalité sociale des sexes est présente dans le droit coutumier quasiment partout si l’on excepte le Béarn». (I.G.15) Et c’est là que nous reparlons de cette longue durée évoquée plus haut dans ces propos, car si au XVIII siècle ce principe s’est dégradé (effet des Lumières et de la Révolution), dégradation accélérée au XIXe siècle, ce particularisme était si solidement intégré qu’il a perduré malgré une évolution législative. Les structures profondes des mentalités ne suivent pas nécessairement et même très rarement les évolutions des lois. Ces structures profondes, ce sont des formes d’organisation socio-économiques, des schémas religieux et culturels très différent ici du modèle en vigueur dans les sociétés patriarcales nourries par le droit romain. Dit autrement : «Dans le vivre traditionnel, la loi recule devant la coutume» (I.G, 32)

Ainsi, les témoignages oraux recueillis lors du travail d’enquête de Isaure Gratacos lui font écrire que : «dans le vivre quotidien du Comminges et du Couserans montagnard perdurent de habitudes et normes coutumières antérieures au Code civil et qui, légalement, auraient dû disparaître avec l’arrivée de celui-ci». Ainsi, «le droit d’aînesse qui n’existe plus dans la loi depuis la Révolution : la loi sur les successions date du 17 nivôse An II (6 janvier 1794) mais c’est en 1804 qu’apparaissent testaments et contrats». Un consensus social pyrénéen parvenu jusqu'à nos jours a permis de trouver parfaitement «normal» que ce soit l’aîné ou l’aînée qui reste à la maison et hérite des biens à l’exclusion des cadets. C’est ce qui va fonder l’existence des femmes «cap d’oustau» (Chef de maison).

La zone géographique de l’aînesse absolue (Homme ou femme indifféremment)

Nous avons évoqué :

  • les Pyrénées occidentales, savoir les Basques,
  • les Pyrénées Gasconnes, autrement dit les Hautes Pyrénées, la Haute Garonne, c’est-à-dire le Comminges et l’Ariège, dans sa partie sud-ouest, c’est à dire Le Couserans et le Volvestre.

Dans ces Pyrénées gasconnes, règne le principe du droit d’aînesse.
Mais dans la zone basque et centrale c’est une «aînesse absolue», installée dans le droit coutumier, un droit d’aînesse appliqué aux deux sexes. Il perdure jusqu’au milieu du XXe siècle. Ma génération a rencontré plusieurs exemples de cette coutume. Un notaire de Luchon interrogé en 1996, indique qu’il rencontre cette pratique lors du règlement d’héritage, dont la finalité est de ne pas émietter le patrimoine.
Même après disparition de cette pratique, c’est-à-dire lorsque le sens, le signifié s’est perdu, le mot perdure. Ainsi l’aîné est appelé dans le langage populaire «l’aireter» (l’héritier) ou «l’airetera» (l’héritière) s’il s’agit d’une femme.

Le patriarcat systématique qui existe en Languedoc n’existe pas en Comminges et dans les Pyrénées gasconnes où cette division sexiste n’existe pas. Là, le chef de famille est remplacé par le chef de maison, le Cap d’oustau, qu’il soit homme (le père) ou femme (la mère).

Isaure Gratacos montre bien la césure entre l’aire du Languedoc, latinisé et patriarcal, zone où la femme est infériorisée, et l’oppose à l’aire de la Haute Gascogne, restée culturellement Vasconne et zone de l’égalité des sexes. La ligne de séparation de ces zone est très précisément la ligne de partage linguistique (isoglosse) entre la forme gasconne et la forme languedocienne de la langue d’oc.

Les cap d’ostau

  1. Le principe de l’héritage préciputaire bloque toues les fonctions sociales et tous les biens sur la seule personne de l’aîné/e. (p 33)
  2. De ce fait, l’aîné/e est Cap d’ostau (Chef de maison)
  3. Maison ne désigne pas seulement la construction architecturale même, mais les biens, les terres, le rôle, le statut social et le nom.
  4. Ce que l’on entend par rôle social est ici très important. En effet, sous l’Ancien régime (avant la République), les vallées fonctionnent dans une autonomie relative organisée autour de trois niveaux :
      • La maison ;
      • La commune (regroupement de maisons = «la vesiau») ;
      • La vallée.

    Ce sont les «chefs de maison» (donc les  cap d’oustau) qui, réunis dans l’assemblée de la commune, votent pour élire le représentant au conseil de vallée. Et ces chefs de maison sont hommes ou femmes.

Imaginons un peu la vie civique de ces vallées : Bartolomé Bennassar parle de «Républiques indépendantes pour qui le roi et même le pouvoir royal n’étaient qu’abstraction lointaines. L’administration, la justice, la défense, les formes d’exploitation du sol ne dépendaient que de la volonté des gens de vallée qui atteignirent ainsi à un haut degré d’autonomie» (B. Bennassar, Les Pyrénées, Privat 1974).

Tout cela perdure jusqu’en 1793. Puis vint la Révolution, tant attendue par ceux qui rêvaient d’égalité. Cette égalité concerna les hommes et non les femmes. On donna le droit de vote aux citoyens et non aux citoyennes. Les femmes des Pyrénées vasconnes, qui avant la Révolution avaient le droit de vote l’ont alors perdu et devront attendre 251 ans pour le retrouver (en 1944).

Deux mots sur cette organisation du territoire (pensons ici au Projet Local de Magnaghi) que la révolution fait disparaître :
Chaque «maison» avait un ou une délégué/e qui la représentait dans les assemblées communales. C’était l’aîné ou l’aînée. Ces assemblées géraient le territoire et l’espace communal, c’est à dire 80% du territoire de la commune (prairie de fauche, landes, forêts). Les 20% restant étaient les propriétés privées consacrées à la production céréalière et vivrières. Cette «collectivisation» nous rappelle quelque chose (kolkhozes de l’URSS, communes chinoises, kibboutz en Israël).

Avec la Révolution, les femmes n’ont donc plus d’existence sociale, elles ne sont plus considérées comme des êtres responsables.
On imagine la frustration, la colère, l’humiliation ressentie….du moins par celles qui seront informées de ces conquêtes révolutionnaires… car pour la majorité, Paris était loin et représentait un autre monde. Les habitudes sont donc demeurées inchangées dans la réalité de la vie des maisons. Mais le rôle social de l’aîné/e disparaît donc ainsi que sa représentativité pour gérer la commune, et est remplacé par le vote parfaitement démocratique… pour les hommes seulement et aussi censitaire. (I.G p 36)

Il y a dans le Haut Comminges des manifestations de protestation et des défilés de femmes sur les places publiques (notamment à Isaut-de-l’Hôtel). Isaure Gratacos a relevé cette chanson qui protestait contre une loi détesté de 1768, qui déjà avait rendu possible la liberté testamentaire (l’aînesse absolue n’est plus obligatoire mais seulement possible) :

Il n’y a que cris de colère
Dans toutes les maisons,
Surtout les héritières
Maudit soit le roi
Qui nous a fait une loi
Contre les héritières.

Cette chanson a perduré jusqu'à la fin du XXe siècle !

Malgré la révolution, les cap d’ostau femmes ont continué à partager avec leurs homologues masculin quelques prérogatives, bien entendu hors du champ politique. «Elles ont continué à occuper comme par le passé, la place d’honneur aux baptêmes, aux mariages, enterrements et la maîtrise de la gestion de la maison dans tous les domaines». (I.G p 38)
Les femmes, aînées ou cadettes ont alors participé avec fougue aux luttes des communautés contre l’Etat, notamment lorsque celui-ci,voulait s’approprier les terres communales - jusqu’alors consacrées aux pacages - pour les boiser. En Ariège et Haute-Garonne, elles participent à des révoltes commencées sous le Premier Empire et qui vont durer jusqu’en 1871. (Voir ici notamment l’histoire de «Marquette, petite brunette», (I.G p 38)

Des conséquences

Il est bien connu que l’Ariège et les départements Pyrénéens ont fourni à la IIIe et à la IVe République les contingents d’employés de Postes (PTT), de la SNCF, et aussi de la gendarmerie, surtout de la douane. Pourquoi ?
Dans les autres régions rurales de France, les filles poussées par la surpopulation de la seconde moitié du XIXe siècle, et parce que le droit d’aînesse uniquement masculin ne bénéficiait qu’aux garçons, sont parties à la ville comme bonnes à tout faire, dames de compagnies, plus tard, secrétaires, dactylos, vendeuses. Les hommes restaient sur l’exploitation. Il en est résulté un célibat rural majoritairement masculin.
Le célibat double (masculin et féminin) est la version pyrénéenne du classique célibat, essentiellement masculin, des campagnes françaises, conséquence de la paupérisation rurale.
Dans les Pyrénées, puisque les aînés, femmes ou hommes, restaient sur le bien familial, les cadets qui partaient étaient aussi bien des hommes que des femmes et par voie de conséquence, les cadets qui restaient étaient aussi bien des hommes que des femmes. D’où un célibat des hommes et des femmes (appelé «double célibat»). Un des hommes interrogés (né en 1943) résume ainsi ce qui se passait : «L’ainé/e reprenait la terre, le second faisait des concours, l’administration, la gendarmerie, les douaniers.
Et les troisièmes, ils faisaient ce qu’il pouvaient. Et c’est ceux-là qui restaient célibataires. Les femmes pareil» (I.G p 90).

Ainsi dans les mêmes villages hommes et femmes restaient célibataires. Les cadets, parce qu’ils habitaient tous chez l’aîné/e, ne pouvaient y emmener une femme, et leur pauvreté (pas de part à l’héritage) les empêchait d’acquérir leur propre maison. D’où les foires aux célibataires dans les Baronnies (Comminges).

Note sur la Révolution dans l’Ariège

La Terreur a été particulièrement violente en Ariège sous la férule d’un excité député à la Convention nationale, président du Comité de sûreté générale : Vadier. Plus exactement les Vadier père et fils, puisque les deux marchèrent en tandem pour envoyer à Paris des charrettes de victimes. L’année 1791 est resté longtemps de sinistre mémoire.
Sur la motivation des ariégeois pour la Révolution, immédiatement tempéré par leur désarroi devant la Terreur, Paul de Casteras précise «Notre pays (l’Ariège) très attachée à la révolution, était dans son ensemble d’opinion modérée». Il précise : «Les innovations et les transformations opérées par la révolution étaient vues avec une extrême répugnance par la classe des citoyens dont elle froissaient les habitudes et les intérêts» (Paul de Casteras, Révolutionnaires et terroristes du terroriste du département de l’Ariège 1789 - An VIII, Paris, Librairie ancienne H.Champion, 1911) La persistance de fait et  par dessus  le Code civil de 1804 - donc de la Loi - du droit d’aînesse absolu (masculin ou féminin) est observé dans les vallées Pyrénéennes étudiées par I.Gratacos, jusque dans les années 1970-1980.

                                Jean-Paul Loubes, 01/03/2011

Note brève sur l’Occitan
(02/02/11)

Le terme Occitanie est utilisé par les capétiens au XIIIe siècle, puis disparaît et est réactualisé par le Félibrige à la fin du XIXe s.
L’Occitanie a toujours été un carrefour des langages, grâce à de nombreux échanges commerciaux. Ceci se retrouve dans un vocabulaire d’origines très variées. Le rabbin espagnol Benjamin de Tudèle décrit en 1173 l’Occitanie comme un lieu de commerce où viennent «Chrétiens et Sarrasins, où affluent les arabes, les marchands lombards, les visiteurs de la Grande Rome, de toutes les parties de l’Égypte, de la terre d’Israël, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne, de l’Angleterre, de Gênes et de Pise, et l’on en parle toutes les langues.»

Pourquoi la frontière linguistique

Pas de sources écrites (César et Strabon) avant la conquête de la Gaule (victoire de Crassus en 56 av J.C), (Les périodes précédentes sont : la Protohistoire (age du fer, du bronze) et, avant, le Néolithique.
On sait que vers l’an 1000 av J.C, sont arrivés des peuples indo-européens, mais on sait qu’ils y ont trouvé des peuples déjà installés avant eux. Dans La Guerre des Gaules, César précise que les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne. Les Aquitains (à l’exception des Bituriges-Vivisques qui sont probablement Celtes), se différentient des gaulois par la langue, les coutumes, les lois (Dixit César).
Ces Aquitains qui ne parlent ni la langue celte ni l'ibère sont les ancêtres des Basques et des Gascons. «Vasco» en latin, donne «basco» en occitan et «gascon» dans le parler germanique des Francs.
Certains ont même émis l'hypothèse que l'aire de peuplement des vascons aurait pu remonter jusqu'en Scandinavie au nord et bien plus à l'Est... Mais à priori cette théorie est loin d'avoir l'accord des spécialistes...Si c’était vrai, vérifié, ils recouvriraient à cette époque ce qui serait le territoire de la France. Il faudrait donc dans ce cas parler de «nos ancêtres les Vascons».

Donc, au plan linguistique, basque, vascons et gascon ont bien la même origine.
Les noms de lieux en –OS, par exemple, sont typiquement aquitanique : on les rencontre en Gironde, pays de l’Adour, Val d’Aran, Aragon, Navarre. Ex : Andernos (sur l’anthroponyme prélatin Andere), Pissos, Arengosse, Biscarosse, Urdos.

Autre fait : En 52 av J.C, lors du soulèvement général de la Gaule, qui conduit à la défaite de Vercingétorix à Alésia, les Aquitans ne se joignent pas au soulèvement général.

L’Aquitaine est érigée en Province à l’apogée de l’Empire Romain, la Novempopulanie, «le pays des neufs peuples». Avec leurs neuf capitales.
La Vasconnie correspond à la province romaine de Novempopulanie et pour certains, il faudrait même dire «nos ancêtres les Vascons», car leur peuplement s’étend à toute la France.

Dans la Gaule latinisée le Gaulois (Celte) est parlé, sauf en Aquitaine ou existe une langue différente (Fénié, p33), puis en Gaule est introduit le latin qui va former le Gallo-Romain. Mais notre région peu ou pas Celtisée, ne fabrique pas du gallo-romain, mais de l’Aquitano-roman.

Au VIe siècle, Clovis contrôle toute la Gaule, mais en même temps, les Vascons, chassés vers le Nord par les Wisigoths, descendent des Pyrénées et atteignent la Garonne. Consolidation de la ligne de rencontre (Isoglosse).

On voit donc que l‘Aquitaine a une histoire originale vis a vis de la Gaule et de la zone de langue d’oc.

Gascons, Vascons, Vasconnie, Aquitaine, Novempopulanie

Les vascons : Peuple autochtone, d’avant les indo-européens, d’avant les gaulois (nom donné par les Romains).
Les Vascons, c'est tout d’abord le nom générique que certains historiens donnent à l'ensemble de la civilisation proto-basque qui allait de la Garonne à l'Ebre.
Ce que Jules César nommait l’Aquitaine semblait être leur territoire un petit siècle avant la naissance du Christ.
Les Vascons sont les ancêtres commun des Basques et des Gascons, cela ne fait aucun doute (en espagnol, basque s'écrit vasco, et franchement la coïncidence est écartée).
La langue des Vascons serait une langue ressemblant au basque actuel.

L'aire de peuplement des Vascons devait vraisemblablement recouvrir un grand territoire limité au nord par la Gironde après laquelle vivaient les celtes, au sud derrière les Pyrénées par les populations Ibères, à l'Ouest par la mer, et à l'Est par des populations celtes puis (dernier tiers du IIe siècle avant l'ère chrétienne) par les gallo-romains.
Etymologiquement parlant : Vascons, Gascons, Basques et Aquitains ont la même origine... Et lorsque César parle des Gaules en incorporant l'Aquitaine dans ces Gaules, il parle en fait d'une Aquitaine où les populations n'étaient pas d'origines celtes, ni même d'origines indo-européennes...
On sait qu’en général, il y a eu symbiose entre le christianisme et les valeurs religieuses, mythes, fêtes, qui précédaient l’arrivée du Christianisme (Ex : Saint Jean et fêtes du solstice d’été). L’étude des mythes et légendes montre que plutôt qu’une christianisation de la mythologie préexistante, c’est à dire vasconne, il y a eu ici une vasconisation du christianisme.

Une première particularité : Du Pays basque jusqu’au centre gascon, on ne rencontre pas le moindre récit racontant le commencement des temps et des hommes. Pas le moindre récit des origine. C’est une singularité anthropologique. «Le monde est peuplé de divinités qui sont la nature, une nature qui est sans avoir été créée. Dans un monde qui est parce qu’il est» (IG p 141). Pas de récit de Genèse ici. On est plus proche des philosophies extrême-orientales, sans dieu créateur (on pense au taoïsme), par exemple.

Une seconde particularité : La société pyrénéenne vasconne est organisée en autogestion. : si un aîné ou une aînée (cap d’ostau = chef de maison) décède ou refuse d’assumer ses fonctions, ce n’est pas son fils qui lui succède ou sa fille. C’est le frère ou la soeur cadette.
Donc, pas de « succession » héréditaire. Aucun sexe n’a de suprématie sur l’autre.

 

B I B L I O G R A P H I E

Sur langue occitane

      • Robert Darrigrand, Initiation au Gascon. Per noste, 1974
      • Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Toponymie Gasconne, Ed.Sud Ouest université, 1992
      • Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Toponymie Occitane, Ed.Sud Ouest université, 1997
      • Jòrdi Deledar, Patrici Poujade, L’Occitan parlé en Ariège, Cercle occitan Prosper Estieu, Pamiers, 1992.

Cap d’Ostau et aînesse absolue dans les Pyrénées

      • Isaure Gratacos, Les femmes pyrénéennes, Un statut social exceptionnel en Europe, Editions Privat, Toulouse, 2008
      • Paul de Casteras, Révolutionnaires et terroristes du terroriste du département de l’Ariège 1789 - An VIII, Paris, Librairie ancienne H.Champion, 1911
      • Bartolomé Bennassar, Les Pyrénées, Privat 1974.

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