Université Populaire du Bassin d'Arcachon

Littérature prolétarienne ouvrière

Nul doute que c’est à la littérature ouvrière que l’on pense
quand on parle de littérature prolétarienne.
Les expressions, classe ouvrière, mouvement ouvrier, ont souvent recouvert métonymiquement l’ensemble du prolétariat, tant il est vrai que les luttes ouvrières ont mis à nu les mécanismes de l’exploitation économique et de l’oppression sociale du patronat et de la bourgeoisie à l’encontre du prolétariat.
C’est aussi au sein du prolétariat ouvrier qu’est née la grève
et que s’est élevé l’espoir d’une organisation autonome, le syndicalisme.
On ne sera donc pas étonné d’apprendre que c’est le secteur le plus fourni
du courant de littérature prolétarienne.



Régis Phily (1919-1989) :
Ouvrier mécanicien tourneur ajusteur, Régis Phily a toujours mêlé son appétit d’écrire à l’engagement syndical et politique.
Son œuvre publiée est très mince en volume, avec principalement des nouvelles, genre dans lequel il excelle.
La brièveté du texte est épousée par un travail à l’arrache de la langue, où l’écrit est taraudé par l’oral tout en conservant une exceptionnelle rigueur du phrasé, une grande attention au ton et une sorte de surrection permanente qui prend le lecteur par surprise et l’emmène jusqu’au point final emporté par le vertige du style.
En même temps, on a peu souvent écrit avec une telle correspondance entre les temps des déchirures et le style de la dépossession.
L’œuvre majeure publiée par les éditions Plein Chant est sans contexte un chef d’œuvre de la fin du vingtième siècle.

Régis Phily, Thérésa et autres récits de la vie ordinaire, Bassac, Plein Chant, 1985,131 p.
Sur Régis Phily : Revue Plein Chant n°76, printemps-été 2003, 104 p.


Dorothée Letessier (1953-) :
Ouvrière O2, c’est-à-dire OS, de Chaffotaux-et-Maury à Saint-Brieuc, Dorothée Letessier a obtenu un succès éditorial avec son premier roman Le Voyage à Paimpol. Le livre est dédié aux ouvrières de Chaffoteaux.
Déléguée CGT du personnel, elle refusera de renouveler son mandat pour ne pas devenir bureaucrate.
Elle publie un second roman Loïca, qui poursuit dans la même veine sociale, avec la lutte des classes en toile de fond.
L’écriture de Letessier se reconnaît au style alerte et à un art de la composition léchée.
L’authenticité des réactions des personnages aux événements fait de ces deux ouvrages une référence des années quatre vingt et de la fin du siècle.
C’est de Loïca que provient l’extrait choisi du dossier.

Dorothée Letessier, Le Voyage à Paimpol, Seuil, 1980, 157 p.
Dorothée Letessier, Loïca, Seuil, 1983, 190 p.


Marcel Durand :
Lorsque paraît, en 1990, Grain de sable sous le capot, les chaînes de montage des usines Peugeot de Montbéliard continuent à faire la Une pour la dureté de la répression et les agissements de nervis syndicaux du patronat. Publier est un risque énorme et c’est pourquoi l’auteur prend un pseudonyme.
Le livre raconte avec alacrité les procédés de résistance ouvrière à la chaîne. Il montre les tensions que la maîtrise fait peser sur les ouvriers mais aussi celles qui pourrissent le collectif ouvrier.
Le livre peut se lire comme un pied de nez au patronat mais il est aussi, une chronique précise de la chaîne à Peugeot Sochaux. On y voit se perpétuer une contre-culture au sein même du lieu d’exploitation.

Marcel Durand, Grain de sable sous le capot, éditions La Brèche, 1990, 293 p.
Marcel Durand, Grain de sable sous le capot, Résistance et contre-culture ouvrière : les chaînes de montage de Peugeot (1972-2003), préface de M. Pialoux, deuxième édition revue et augmentée, Marseille, Agone, 2006, 428 p.


Jean-Pierre Levaray :
Ouvrier à l’usine de produits chimiques Grande Paroisse à Grand Quevilly près de Rouen, usine type AZF appartenant à la même multinationale, Jean-Pierre Levaray auteur de nombreux textes s’est imposé sur la scène publique locale puis nationale avec l’ouvrage Putain d’usine.
Adapté au théâtre par l’auteur sous le titre Des Nuits en bleus, le texte a rencontré un important succès et vient de paraître en bande dessinée.
Régulièrement invité par les comités d’entreprise, par des cercles militants, mais aussi présent à diverses manifestations du livre, l’auteur, libertaire de conviction, syndicaliste CGT fait la preuve que les classes populaires ne sont pas hermétiques à la littérature prolétarienne quand elles y ont accès.
Les textes insérés dans le dossier sont extraits de A quelques pas de l’usine.

Jean-Pierre Levaray, Putain d’usine (L’insomniaque 2002, 95 p. ; réédition sous le titre Putain d’usine suivi de Après la catastrophe et Plan social, Marseille, 2005, 221 p.
Théâtre : Jean-Pierre Levaray, Des Nuits en bleus, St-Pierre d’Oléron, éditions Libertaires, 2006, 63 p
Bande dessinée : J.-P. Levaray, Effix, Putain d’usine, Rouen, Petit à Petit.
Jean-Pierre Levaray, A quelques pas de l’usine. Nouvelles, Saintry/Seine, 2008, 117 p.


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